Caramel, Le Liban sucré
Jeudi 24 avril, 2008
Le film Caramel: doux, subtil et fort. Je me contredis ? Pas plus que la vie, elle-même. Dans le regard de quelques femmes, amour, passion, attentes, déceptions et cadeaux de la vie. Des femmes dans un salon de beauté, belles, complices et amies veulent vivre leurs rêves et se cassent parfois la figure en cours de route. Le Liban, pays musulman en filigrane, tinte les mœurs sexuelles et la pudeur du film, et pourtant ! Un film très osé qui parle de la virginité attendue et perdue des jeunes femmes avant leur mariage, de l’adultère et d’homosexualité. Des clins d’œil nous font sourire, rire et pleurer entre un pantalon trop court et deux sœurs trop liées, un coup de klaxon et des ballons d’anniversaire, un scotch collé au visage et une jupe tachée, de la haute couture et un mariage d’amour. Quand le film se termine, on voudrait qu’il continue à nous faire vibrer parce que finalement… la vie, c’est bien tout ça à la fois. Il faut aussi en rire même si le caramel, si doux et si sucré dans la bouche, peut finalement faire très mal, sur la peau.
Caramel est le premier long métrage de fiction de Nadine Labaki. Il a été distribué dans plus de 40 pays et présenté à Cannes, en 2007. À ce jour, il a un rayonnement international et reste l’un des films libanais, le plus acclamé. La réalisatrice joue aussi dans son film. Toutes superbes, les actrices, dénichées et dirigées avec brio, rivalisent de naturel dans leurs rôles respectifs. Aucune n’en fait carrière, de la femme d’affaire à la femme au foyer, elles ont revêtu leur rôle, comme une seconde peau. Les hommes, plus absents n’ont pas toujours le beau rôle, mais l’élégant âgé, le flic amoureux et le fiancé impétueux, rehaussent leur image. Du côté féminin, l’actrice ménauposée, la shampouineuse lesbienne, la fiancée délurée, la belle klaxonnée, la sœur couturière, la vieille folle et la shampouinée, se retrouvent au salon, point de rencontre et sanctuaire de femmes. Elles font et défont leur vie, sous le regard discret de leurs complices, toujours là quand elles en ont besoin. Magistral. Jamais un film n’a autant été contre la présomption que la solidarité entre femmes, n’existe pas. Tout dans le film dément cette déclaration hâtive. Sous coups de coudes et coups de gueule, les liens sacrés qui les unissent sont forts et prenant. Nadine Labaki, dont j’attends déjà avec impatience le prochain film, aura su croquer avec finesse et tendresse, l’essence même de la féminité.
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