Le silence des petites choses
Mardi 29 avril, 2008
Un film aux silences vertigineux, aux dialogues imparfaits et réels et à la simplicité immense et profonde. Le fils de l’épicier ne se laisse pas manger tout crû et tout rond comme les films américains; il s’écoute dans ce qui n’est pas dit, dans ses liens entre les gens qui prennent parfois du temps à se tisser et qui s’emmêlent parce qu’on ne sait pas toujours exprimer les choses et il n’y a pas toujours à le faire non plus. On écoute ce film au fil des routes, au cœur d’une famille, d’un village de vieux et d’un gamin adulte qui traverse tranquillement la route de l’autre côté, sur les traces de son père.
Le film d’Eric Guirado débute alors que le père est à l’hôpital. Il a deux fils. Le plus jeune, Antoine, n’est pas intéressé du tout à reprendre l’épicerie, même pour aider sa mère. Une brouille qui date de longtemps traîne entre père et lui. L’autre fils, est tout près, mais il a ses propres problèmes. Finalement, à cause d’une histoire de fille, Antoine, le plus jeunes fils de l’épicier se retrouve sur les routes du village de son enfance à renouer des liens avec des gens qu’il a quitté, il y a longtemps. Malhabile, bourru et même ennuyé, au début, il découvre tranquillement le vrai métier de son père, entre les notes de crédit, les mille et uns petits services à rendre à ceux à qui il vend du lait et le rôle essentiel à jouer dans tout ça.
C’est un film sur les gens. Ses petites histoires sans importance, quand on achète des petits pois ou un poivron. C’est une histoire de famille sans grand drame, comme plusieurs autres. La particularité de ce film repose sur la façon dont le regard se pose sur tout ça. On passe un moment avec eux. La caméra se pose sur une nuque, sur une main qui protège des yeux du soleil, sur un sourire qui illumine une expression, sur une main qui caresse le paysage. Des gros plans, la vie sous microscope. Non pas pour de grandes découvertes, juste pour la regarder d’un peu plus près que d’habitude, un peu plus longtemps et un peu plus attentivement. C’est ce que le fils de l’épicier sera obligé de faire et c’est ce qu’il oblige le spectateur à faire aussi. De la tendresse, de la rudesse, des douceurs, de la chaleur, des froissements, des accrochages, mais rien d’irréparable.
Certains s’ennuieront, d’autres dégusteront l’instant, question de caractère. Je me suis délectée et je le recommande parce que ce film nous accroche, nous entraîne dans son sillage, et sans même qu’on réalise à quel point il nous a touché, il se termine et il nous a eu : on repense à toutes ses petites scènes de la vie, sur la route de l’épicier. Le film ne s’arrête pas avec le générique, son œuvre tranquille se poursuit. Le cinéaste, documentariste, s’est inspiré de ses rencontres avec des épiciers; il les remercie dans son générique et moi aussi, je les remercie, pour l’authenticité que le cinéaste a su nous transmettre, grâce à ses amitiés sur les routes de petits villages français.
www.lefilsdelepicier-lefilm.com
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